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Témoignage de Corinne SALMON atteinte à 28 ans de la Maladie " Guillain-Barré". Tout a commencé
au début du mois de décembre 1998, j'étais très fatiguée, épuisée
même. Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais un besoin de dormir
très important. Un samedi matin,
je me suis réveillée avec des douleurs inhabituelles dans les chevilles
et les phalanges. Pas très portée sur les médicaments, je me suis
dit que ça passerait. Malgré des difficultés à me déplacer du fait
des douleurs, j'ai attendu samedi soir pour aller consulter un médecin
car j'avais l'impression que la douleur montée vers mes genoux et
mes coudes. Le médecin a diagnostiqué
une crise d'épilepsie... Je lui ai dit que ça n'était pas possible,
mais c'était lui le médecin ! Il m'a fait une piqûre de calmant qui
m'a soulagée un peu, mais pas très longtemps. Les médicaments prescrits
n'agissaient pas et pour cause. Le dimanche matin,
la douleur et la paralysie continuaient à remonter le long de mes
membres et la douleur était insoutenable. J'ai téléphoné au SAMU,
à qui j'ai expliqué mon problème. Ils m'ont conseillée d'attendre
que les médicaments fassent de l'effet, qu'il fallait que je sois
patiente. La journée me parut une éternité et franchement, j'ai découvert
ce qu'était la douleur. Lundi matin, panique...
je ne sentais plus ni mes jambes, ni mes bras et je ne pouvais plus
bouger. Mon compagnon, Ali, a téléphoné à un autre médecin qui est
venu chez moi en consultation. Pendant son examen, je n'avais plus
aucun réflexe, sauf celui de la voûte plantaire. Illico, il a téléphoné
à une ambulance, prévenu les urgences du CHU de Caen (14) de mon arrivée
et écris une lettre au médecin urgentiste. Moi, je ne comprenais rien
mais en même temps, ça me rassurait de voir que l'on me prenait enfin
au sérieux ! Arrivée aux urgences,
là tout a été très vite. D'ailleurs, c'est la première fois de ma
vie que l'on ne m'a pas fait attendre aux urgences. Je me suis retrouvée
encercler par des médecins et des infirmières qui m'ont fait tous
les examens possibles et imaginaux. Le nom "Guillain - Barré"
est très vite venu à mes oreilles. J'ai ensuite été installée dans
une chambre où l'on m'a fait une ponction lombaire. Là, quatre médecins
sont venus me voir pour m'expliquer ce que j'avais. Seule, à ce moment
là, ils avaient demandé de mon frère, mon ami et une amie d'attendre
dans le couloir, ils m'ont expliqué le syndrome, ce qui allait m'arriver,
les suites à donner, … Je n'ai pas pris toute suite conscience de
l'ampleur du problème, mais devant ces quatre médecins, là, juste
pour moi, j'ai bien compris que c'était grave. La confirmation du
Guillain Barré faite, je fus installée en service réanimation. Le lendemain, j'étais
paralysée jusqu'à la bouche. Les difficultés respiratoires étaient
de plus en plus importantes. Heureusement, je n'ai pas dépassé le
stade fatidique, qui m'aurait imposé une intubation. Les jours ont passé
comme ça avec une douleur toujours très présente. La phase plateau
a été relativement rapide et peu à peu, la phase finale s'est amorcée.
Je ne sais pas si c'est la montée de la paralysie ou la descente qui
est la plus douloureuse, mais quel bonheur de pouvoir à nouveau bouger.
J'ai fait une rechute inattendue : paralysie faciale du coté gauche.
Les médecins n'y comprenaient rien, mais c'est reparti quelques jours
plus tard. Fin décembre, j'ai eu l'autorisation de sortir 24h pour
Noël en fauteuil roulant et idem pour le réveillon du Nouvel An. J'ai
épuisé mais tellement heureuse d'être parmi les miens. Mais si je m'en
suis sortie aussi vite, c'est grave à la présence, ou plus l'omniprésence
de ma famille, des mes amis. Ils se sont relayés à mon chevet tous
les jours de 11h à 22h, avec l'accord des infirmières, mon téléphone
n'arrêtait pas de sonner. J'ai vraiment été très entourer et bien
sûr, ça m'a facilité les choses. Ensuite, j'ai suivi
de la rééducation tous les matins dans un centre spécialisé à Hérouville
saint Clair (14) et l'après midi, j'étais totalement KO. Cela a duré deux mois, ensuite j'ai demandé
à retourner au travail en mi-temps thérapeutique, car j'étais en CDD
et ma hantise était de perdre mon emploi. Le fait de retourner travailler
m'a beaucoup aidée et beaucoup motivée aussi. J'ai fait de la
kiné pendant presque deux ans, la méthode "Maiziére" à Caen
(14) et un acupuncteur m'a soulagé car suite au Guillain Barré, mes
pieds me faisaient horriblement souffrir et j'avais tout le temps
froid, je claquais des dents à longueur de temps. Elle a résolu ces
deux problèmes en un rien de temps. Pour finir et retrouver
à 100 %, ma santé, j'ai fait de la kiné urinaire chez une sage femme
car je n'arrivais plus à me retenir et uriner sans la moindre possibilité
de me retenir… très handicapant, comme situation. Finalement, le Guillain
Barré est pour moi, un vieux souvenir, mais pas un mauvais. La mémoire oublie
la douleur (et c'est tant mieux), par contre ça m'a permis de voir
la vie autrement. Déjà d'un tempérament positif avant, je suis aujourd'hui
très optimiste. Je profite de chaque instant comme si c'était le dernier
et j'apprécie maintenant de pouvoir me laver les dents seule, courir
sous la pluie, me coiffer, écrire, … La vie est belle,
merveilleuse et maintenant j'ai profite deux fois plus qu'avant et
je ne me laisse plus bouffer la vie par ces petits riens quotidiens. A un grand merci à tous ceux qui m'ont soutenu tout le long des ces longs mois. |